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L’affaire des Kurdes syriens de Bourj-Hammoud : problème social ou pression politique ?

L’orient le jour 2/11/2011

La municipalité de Bourj-Hammoud a récemment exigé une légalisation des baux dans certaines zones, ce qui a eu pour conséquence de pousser de nombreux Kurdes à quitter leurs lieux de résidence. Simple mesure administrative ou pression politique ?

La rue Maraach est l’une de ces petites ruelles commerçantes et résidentielles si nombreuses à Bourj-Hammoud. Une rue dallée avec, de part et d’autre, des commerces et des passants plus nombreux que les voitures qui peineraient à y passer. Hier, tout avait l’air tranquille et il fallait être au courant de l’affaire des Kurdes qui quittent en masse les appartements qu’ils occupent, souvent à plusieurs, dans cette localité, pour remarquer les petits camions chargés de matelas et autres meubles prêts à quitter les lieux.
Cette affaire a soulevé de nombreuses interrogations. A-t-elle une dimenion sociale ou politique, voire ethnique ? Quand on leur pose la question, les commerçants du quartier parlent de « gangs organisés d’ouvriers étrangers », de « nombreuses agressions à coups de couteau », de « viols de jeunes filles »… « Depuis que cette décision a été prise, nous nous sentons déjà plus en sécurité », disent-ils.
L’un des commerçants, qui a requis l’anonymat, nous montre une circulaire de la municipalité qui a été placardée sur la devanture de son magasin, comme partout ailleurs dans la rue Maraach. Cette circulaire « prie tous les propriétaires et les locataires dans la zone de Bourj- Hammoud d’enregistrer légalement les baux dans les délais, de présenter des préavis d’évacuation des locaux et de transfert de propriété, suivant les lois en vigueur et en vue de faciliter les opérations de recensement effectuées par la municipalité ». Selon ce commerçant, « le simple fait d’exiger une légalisation des baux a poussé les locataires étrangers à vider les appartements, parce qu’ils se trouvent dans l’impossibilité de payer les arriérés qui leur seront demandés ». Selon lui, « cette mesure n’a aucune dimension politique, voire ethnique ou confessionnelle, comme il en a été question dans certains médias ».
Comme lui, d’autres habitants de Bourj-Hammoud insistent sur le caractère social du problème. Hagop, un commerçant d’une rue voisine de Maraach, évoque une liste de griefs. « Les loyers ont renchéri à cause de ces locataires étrangers, dit-il. Ils se mettent à plusieurs dans un petit appartement et les propriétaires leur demandent plus d’argent. De plus, ils prennent tous les emplois des Libanais, qui se retrouvent incapables de louer ou d’acheter une maison. Et puis il y a le problème sécuritaire : des bagarres, de très nombreux vols, des agressions au couteau… J’ai moi-même une sandwicherie qui a été cambriolée deux fois. » Comment sait-il que ce sont des étrangers qui ont fait le coup ? « J’ai démasqué les coupables après avoir installé une caméra de surveillance suite au premier vol », assure-t-il.
Un autre commerçant établi à Maraach, resté anonyme, parle d’un problème de « densité démographique ». « Une région qui peut accueillir 10 000 personnes en compte désormais 25 000, estime-t-il. Ils s’entassent à cinq, six ou plus encore, dans des chambres de quatre mètres par quatre. »
Il exprime en outre un autre grief : sortant les factures payées de son magasin, certaines remontant aux années 80, il se demande « pourquoi les Libanais doivent payer tout cela alors que les ouvriers syriens ne s’acquittent d’aucune dépense ». Il insiste sur « le caractère bien particulier de la région de Bourj-Hammoud » et soupçonne les Kurdes « de poursuivre d’autres objectifs que le travail au cours de leur séjour ». « Ils sont divisés en deux camps qui appuient deux partis kurdes différents, dit-il. Ils se bagarrent entre eux, quand ils ne provoquent pas des clashs avec les jeunes Libanais. »

Des opposants au régime syrien ?
L’affaire se limiterait-elle donc à un problème social ? Ce n’est pas l’avis de l’avocat Nabil Halabi, de l’Association libanaise pour la démocratie et les droits de l’homme, qui suit de près cette affaire. Pour lui, il est clair que « ces Kurdes syriens qu’on tente de chasser des appartements qu’ils louent sont des opposants syriens à qui l’on veut faire payer, dans une région acquise au 8 Mars à travers le parti Tachnag dominant, leur participation à une manifestation contre le régime (baassiste) devant l’ambassade de Syrie » à Hamra.
Il confirme un incident qui nous avait été relaté par des habitants du quartier, à savoir que « cinq jeunes hommes ont été blessés au couteau dimanche dernier ». Mais selon lui, « les cinq blessés sont des Kurdes et ils ont été empêchés de porter plainte au commissariat de Bourj- Hammoud ». Il assure même que « l’un d’eux, blessé, a été enlevé et ramené en Syrie, où l’on n’a plus de ses nouvelles ».
Commentant ce qu’il appelle une « évacuation de force des maisons », Nabil Halabi dénonce une opération « illégale ». « La municipalité n’a pas le droit d’exiger l’évacuation de locataires, dit-il. Au plus, elle peut porter plainte. Et si elle le fait, la justice se saisit de l’affaire. Il y a toute une procédure qui n’a pas été respectée dans ce cas. »
L’avocat insiste sur un autre aspect de la question. « Quand une seule catégorie de personnes est visée, cela ne peut être que du racisme », dit-il. Lui qui est en contact avec les Kurdes syriens résidant à Bourj-Hammoud nous assure que « l’association leur a demandé de ne pas évacuer les appartements ». « Si certains l’ont fait, c’est par peur, mais les autres tiennent bon », dit-il.
Quel est le rôle des institutions de l’État et des forces de sécurité pour mettre un terme à cette situation ? Les commerçants de Bourj-Hammoud dénoncent en chœur « une absence des forces de l’ordre qui n’interviennent pas lors des altercations ». Nabil Halabi, pour sa part, assure que son association a demandé aux autorités politiques et aux forces de l’ordre d’intervenir dans le cadre de cette politique, mais en vain. « Je crois que le gouvernement a démissionné de son rôle », conclut-il.
Nous avons en vain tenté de joindre hier le député Tachnag Hagop Pakradounian pour avoir une réponse officielle du parti. Mais le Tachnag avait publié un communiqué lundi (voir L’Orient-Le Jour du mardi 1er novembre) dans lequel il avait qualifié d’« erronées » les informations rapportées par les médias selon lesquels le parti voudrait chasser les Kurdes de Bourj-Hammoud, Dora et Nabaa. Il avait assuré que « l’affaire se limite à une réorganisation de la région en coordination avec la municipalité de la ville ». Il avait également relevé « la multiplication des troubles menaçant la sécurité des habitants », troubles devenus « source de gêne ». Enfin, il avait démenti « toute motivation ethnique ou politique » derrière ces incidents.

http://www.lorientlejour.com/news/print.php?id=729950

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